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05 Dec
05Dec

Editée par Mickael HILBÉ 


  • Les taux baissent
  • Les actions et obligations rebondissent
  • L’immobilier reste sous pression
  • Charlie MUNGER décède à l’âge de 99 ans


La morosité de novembre semble avoir disparu pour le moment sur les principales places boursières. Les taux se détendent, les actions extrêmement dépendantes de la trajectoire des taux rebondissent. Faut-il se réjouir d’un père Noël passé avant l’heure ? Le climat invite à la prudence. Le ralentissement économique est toujours en cours. Le taux à 10 ans américain est passé de 5% à 4.5%. Le chemin pour une poursuite de la détente semble faible. Dès lors, il faudra de nouveaux catalyseurs pour alimenter une poursuite de la hausse des marchés. La Chine reste engluée dans sa crise immobilière et il ne faut pas compter dessus à court terme pour apporter un second souffle à l’économie mondiale. 

Ne boudons pas notre plaisir et profitons de l’amélioration du sentiment de marché qui accompagne la fin d’année.


Les taux reculent (enfin) !


Rappelons qu’il existe deux types de taux : 

  1. Ceux que l’on peut qualifier de taux courts (échéances très courtes) qui sont déterminés par la politique monétaire de la banque centrale.
  2. Ceux que l’on peut qualifier de taux longs (échéances lointaines) qui sont déterminés par le marché. On retrouve un mécanisme traditionnel de confrontation entre acheteurs et vendeurs d’obligations.

Les taux courts pour le moment ne bougent pas. Les banques centrales européenne et américaine n’ont pas changé de politique monétaire. Elles restent restrictives. Cependant, les taux longs ont en revanche commencé à baisser. C’est une première, car on parlait jusqu’alors uniquement de hausse des taux ou de statu quo. Les investisseurs anticipent en réalité que la politique monétaire va porter ses fruits et que l’économie va donc ralentir ce qui contraindra les banques centrales à de nouveau baisser les taux (courts). De fait, sur une échéance lointaine, les taux devraient baisser donc les taux longs baissent… 

Les mécaniques de taux sont toujours délicates à appréhender lorsqu’on se trouve hors du spectre financier, mais c’est pourtant primordial. Du niveau des taux dépend l’intégralité de la valorisation des autres actifs.


Les marchés en profitent


La baisse des taux entraîne une hausse simultanée des actions et des obligations.

Pour le marché obligataire, bien que contre-intuitif aux premiers abords, la mécanique est pourtant très simple. Lorsque vous achetez par exemple 100 $ une obligation avec rendement annuel de 5% pendant 10 ans. Admettons qu’un mois plus tard, les nouvelles obligations émises à 100 $ le sont non plus avec un rendement de 5%, mais de 4.5%. Si vous souhaitez vendre votre obligation qui sert 5%, vous pourrez la vendre plus cher que les 100 $ que vous avez payé, car aujourd’hui les obligations à 100 $ ne servent que 4.5%... L’investisseur sera prêt à payer plus pour une obligation qui distribue 5%.

Pour les actions, la mécanique est plus complexe. Lorsque les analystes tentent de déterminer le prix d’une action. Ils essaient de valoriser la somme des cash flows futurs de l’entreprise. Autrement dit, le prix d’une entreprise est égal à la somme des flux de trésorerie positifs qu’elle va générer pendant son existence que l’on actualise au prix d’aujourd’hui. Il faut pour cela utiliser un taux d’actualisation. Le taux généralement utilisé est le taux sans risque de référence, c’est-à-dire le rendement des obligations d’État à 10 ans. Dès lors, lorsque le taux de référence diminue, le taux d’actualisation diminue aussi, ce qui mécaniquement augmente le prix de l’action.

Retenez de manière simple que lorsque les taux baissent, le prix des obligations augmente ainsi que celui des actions. L’inverse est tout aussi vrai, lorsque les taux montent comme en 2022 et une bonne partie de cette année, la valeur des obligations et des actions diminue également.

La valeur des actions peut toutefois progresser ou rester stable même en cas de hausse des taux si les bénéfices augmentent de manières simultanés.


La pierre dans le dur…


L’immobilier recule dans un contexte restrictif. La baisse des taux longs s’accompagne de la baisse de l’inflation. Cependant, le taux d’intérêt réel (taux – inflation) reste positif. Cela représente une contrainte sur la classe d’actif. L’immobilier étant un actif qui réagit de manière retardée, à la différence du marché des actions qui anticipe. Le retour à l’euphorie n’est pas au programme. Les volumes de transaction sont au plus bas depuis la crise de 2008. Le journal les Échos titrait il y a peu : « les notaires traversent leur plus grande crise depuis trente ans ». La profession étant plutôt résiliente, la crise en dit long sur les difficultés du secteur.

Lire l’article : Immobilier : les notaires traversent leur plus grande crise depuis trente ans | Les Echos 

Thomas Lefebvre, le directeur scientifique de Meilleurs Agents s’exprimait dans le journal en anticipant une baisse des prix d’environ 4% sur 2024. Tous marchés confondus, le taux moyen de crédit s’établit à 4.12% en octobre, ce qui est beaucoup trop élevé pour la capacité d’achat des ménages compte tenu des prix immobiliers qui ont flambé sur les 10 dernières années.

Néanmoins, bien que la correction devrait se poursuivre sur 2024, plusieurs signes laissent entrevoir qu’une partie du rééquilibrage a déjà été faite. Comme évoqué, les taux longs commencent à baisser, le marché des foncières cotées tente de rebondir. Les prix se réajustent progressivement, laissant des opportunités aux investisseurs avec du cash disponible.


La finance perd un modèle


Charles MUNGER est décédé à l’âge de 99 ans. Son nom ne vous parlera peut-être pas, mais c’était pourtant le vice-président de Berkshire Hathaway et bras droit de Warren BUFFET (investisseur de légende). MUNGER et BUFFET formaient un duo d’exception, ils ont fondé le conglomérat le plus connu au monde : Berkshire Hathaway. C’était une petite manufacture textile rachetée proche de la faillite et devenue aujourd’hui une société d’investissement de 780 milliards de $.

La performance annuelle du conglomérat est simplement la meilleure allocation du capital de tous les temps. Un investissement de 1 000 € en actions du marché américain sur la période de 57 ans aurait généré un rendement de 10 % par an. Votre mise de départ serait devenue 24 428 €. La même somme investie dans Berkshire Hathaway aurait généré une rentabilité de 20% par an et vous auriez obtenu 3 777 937 € (pour 1000 € investis 🥳).

C. MUNGER, souvent homme de l’ombre de W. BUFFET a marqué l’histoire des investisseurs par la sagesse de ses enseignements. Jusqu’à sa mort, il lisait tout le temps pour apprendre : « Dans toute ma vie, je n'ai connu aucune personne sage qui ne lisait pas tout le temps ». Il a inspiré des générations d’investisseurs notamment avec sa pratique de l’inversion. Au lieu d’essayer de trouver la pépite que personne n’a découverte jusqu’alors, il essayait simplement d’éviter les entreprises destructrices de valeur et les mauvais élèves.  En évitant simplement les perdants et en laissant le temps jouer en sa faveur sur ces convictions, il a permis avec son ami W. BUFFET de façonner les stratégies d’investissement encore copiées aujourd’hui.


Point de marché :


L’enthousiasme est revenu sur les grandes places boursières à l’exception de la Chine.

La tendance baissière qui s’était amorcée au printemps a pris un sérieux coup d’arrêt. C’est une bonne chose pour les portefeuilles qui retrouvent des couleurs et une année qui sauf accident majeur en décembre devrait terminer sur une note positive pour les actifs risqués. C’est une bonne chose, mais rappelons que l’on vient de loin avec une année 2022 à -16% environ sur les principales bourses. Nous revenons à un point d’équilibre.

Les portefeuilles très agressifs composés d’actions uniquement s’en sortent bien avec des performances positives et également de gros mouvements de volatilité. Les portefeuilles équilibrés et plus défensifs composés d’immobilier et d’obligations souffrent bien plus sur les 3 dernières années.

C’est un phénomène rarissime ou lors d’une crise, les allocations défensives font moins bien que les allocations en actions… c’est malheureusement le prix d’un environnement inflationniste fort que l’on avait oublié depuis plus de 20 ans.


PERFORMANCE DES PRINCIPAUX ACTIFS en devises locales
Actifs
Indice
Sur 12 mois
Sur 1 mois
Actions de la zone euro
S&P Euro12,83%8,28%
Actions des Etats-UnisS&P 50014,60%8,64%
Actions Asie pays émergentsS&P Asia pays Emergents3,57%6,60%
Obligations de la zone euroS&P Euro obligations souveraines-1,03%3,17%
Obligations USS&P US bonds du trésor0,66%2,98%
Immobilier Europe IEIFIEIF-1,13%11,12%



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