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05 Dec
05Dec

Editée par Mickael HILBÉ 


  • 2023, une année de rebond pour les places boursières
  • L’envolée des taux met les économies sous pression
  • La déception chinoise
  • La géopolitique lourd facteur d’incertitude


La page de 2023 se tourne et celle de 2024 commence à s’écrire dans un climat euphorique. Le rallye boursier de Noël dure depuis novembre et force est de constater que l’ambiance n’a rien à voir avec celle qui prévalait au début de cette année.

En faisant une rétrospective un an en arrière, le tableau était beaucoup plus noir et les prévisions ont comme toujours été déjouées. Nous avions alors une hyperinflation, des taux qui montaient en flèche, des marchés actions qui baissaient de -16% (en moyenne sur 2022) et une Chine qui sortait de sa politique 0-COVID. Elle devait être le moteur du monde et toute la planète finance anticipait une récession aux États-Unis.

Rien ne s’est déroulé comme prévu. Le rebond de la Chine a fait pschitt, la récession promise n’est jamais venue et les États-Unis affichent une résilience à faire licencier tous les prévisionnistes.


Euphorie sur les bourses


Les mêmes causes produisent les mêmes conséquences en bourse. Les hausses des taux entraînant un retrait des liquidités sur les marchés avaient conduit les investisseurs à une prudence exacerbée et un excès de pessimisme. La bourse européenne avait dévissé de plus 12% en 2022 (dividendes inclus). Elle rebondit de plus de 20% en 2023. Business as usual, les investisseurs anticipant que la liquidité va revenir se déverser sur les marchés, car les taux devraient baisser en 2024.

Les marchés sont « liquidity dependant », plus il y a d’argent dans le circuit, plus les actifs peuvent se revaloriser. Le bilan sur les 2 dernières années nous amène à une hausse de la bourse européenne de +5.5% (dividendes réintégrés). Il faut donc tempérer les discours présentant les marchés sur des records absolus. C’est vrai pour le niveau des indices en points, mais nous venions de loin avec une année 2022 catastrophique pour toutes les classes d’actifs. Les obligations sur le cumul 2022 + 2023 sont très loin d’avoir retrouvé leur niveau précédant la hausse des taux.

Rappelons que 2023 n’a pas été un long fleuve tranquille. Nous avons eu en mars dernier un stress bancaire qui laissait planer un vent d’apocalypse financier au-dessus de la tête des opérateurs de marchés. La Silicon Valley Bank (SVB) a fait faillite aux États-Unis et le Crédit Suisse a été contraint et forcé d’être racheté par son rival UBS en Europe.


Le poids des taux sur les économies


La crise bancaire de début d’année est une première secousse consécutive des hausses de taux sur les économies. Le secteur bancaire est en première ligne et il a été le premier touché. Il faut au minimum 18 mois pour que l’effet des hausses de taux se répercute sur l’économie. Nous arrivons donc dans le timing où l’effet restrictif va se faire sentir.

Par ailleurs, les taux longs ont commencé à baisser. C’est bon signe en apparence. Cependant, cela signifie que les opérateurs de marchés anticipent que l’économie va ralentir et donc que les taux vont devoir baisser pour relancer la machine. Nous n’avons pas encore vu tout le ralentissement économique.

Notons au passage que les réactions des banques centrales et du système financier dans son ensemble ont été exemplaires sur la crise bancaire récente. La FED (Federal Reserve) aux États-Unis a garanti sans limite les dépôts des épargnants de la SVB en faillite. Les grandes banques ont-elles racheté une bouchée de pain les portefeuilles des acteurs défaillants. En Europe, la rapidité d’intervention pour conscrire l’incendie Crédit Suisse a été de la même trempe. Bien qu’adossée à un problème de plus grande ampleur, la crise de 2008 trouve ses racines dans la faillite de la banque Leeman Brothers qui avait été abandonnée par les institutions.

Il semblerait que le système financier retienne les leçons des crises passées. Nous ne serons jamais à l’abri totalement de futurs cygnes noirs, mais force est de constater que le monde financier paraît plus robuste pour répondre avec rapidité et efficacité sur les chocs systémiques lorsqu’ils apparaissent.


La Chine, déception 2023


La Chine devait être le relais de croissance pour 2023. Les États-Unis devaient connaître une récession et la Chine devait sauver la croissance mondiale avec une reprise après 3 ans de fermeture COVID. C’est exactement l’inverse qui s’est produit. La croissance est retombée aussi vite que son timide rebond. Les exportations ont souffert du ralentissement mondial et des sanctions imposées sur les secteurs clefs technologiques par les États-Unis.

Beaucoup d’investisseurs attendaient un grand soir de la Chine avec un plan de relance, mais Xi Jinping en a décidé tout autrement. Les mesures mises en place sont faiblardes et le poids de la crise immobilière pèse plus lourd que les initiatives attentées jusqu’alors.

2024 pourrait être une année charnière pour la Chine. Le gouvernement pourrait accélérer les mesures pour relancer l’économie ou privilégier une croissance plus faible qu’attendue sans risquer de créer de déséquilibres. Les deux scénarios présentent des perspectives très différentes pour les investisseurs. Aux vues des enjeux économiques internationaux (transition énergétique, baisse de la démographie, guerre commerciale avec les USA), il semblerait que la première hypothèse soit le scénario le plus probable. Cependant, les deux dernières années nous rappellent que nous nous sommes plus souvent trompés sur la Chine que nous n’avons eu  raison…


La géopolitique, l'incertitude de 2024


C’est un risque qui est impossible à anticiper, mais avec lequel il faut composer et tout investisseur doit le garder en tête. Nous allons fêter le triste anniversaire des 2 ans du conflit en Ukraine. L’année 2023 a vu naître une nouvelle guerre ouverte en Israël et le Hamas. Les répercussions économiques au-delà des drames humains de ces deux risques géopolitiques sont nombreuses : chocs sur les prix des matières premières, perturbation du prix du fret avec des attaques de transporteurs dans la mer Rouge, sanctions économiques, division du monde entre les pays alignés sur les États-Unis et les autres, etc.

2024 sera également une année électorale aux États-Unis. D.TRUMP aujourd’hui favori dans les sondages pourrait rebattre totalement les cartes de l’échiquier géopolitique. Il a déjà annoncé qu’il retirerait le soutien américain dans le conflit en Ukraine, relancera-t-il une nouvelle guerre commerciale de plus grande ampleur avec la Chine ?

Les inconnues sont nombreuses et il ne faut pas spéculer avec des scénarios sur lesquels les probabilités sont hasardeuses. On peut néanmoins garder en tête qu’après le rallye boursier que nous avons connu, la volatilité sur les marchés pourrait revenir assez vite en 2024. Il faudra alors savoir en tirer profit.


Point de marché :


Le driver de marchés en 2023 aura de toute évidence été la baisse de l’inflation. Tout le monde attendait la confirmation de sa décrue. Point de rappel du taux d’inflation 2023 : 

  • En Europe elle de 2.4% en novembre (8.6% en janvier)
  • Aux USA elle est de 3.1% en novembre (6.4% en janvier)

Cette baisse spectaculaire a amorcé le pivot sur les politiques de banques centrales avec désormais des baisses de taux anticipées et non plus des hausses. Cette dynamique devrait perdurer. C’est là le plus important. Cela signifie que le risque de décrochage sévère des marchés devrait être faible. En effet, en cas de ralentissement ou de chocs trop violents sur l’économie, les banques centrales ont la capacité de baisser rapidement les taux. C’est ce que l’on appelle dans le jargon un « Put banque centrale » (option de vente permettant de couvrir un portefeuille).


PERFORMANCE DES PRINCIPAUX ACTIFS en devises locales
Actifs
Indice
Sur 12 mois
Sur 1 mois
Actions de la zone euro
S&P Euro18.83%3.25%
Actions des Etats-UnisS&P 50025.97%4.54%
Actions Asie pays émergentsS&P Asia pays Emergents8.43%2.91%
Obligations de la zone euroS&P Euro obligations souveraines6.20%3.28%
Obligations USS&P US bonds du trésor4.10%2.94%
Immobilier Europe IEIFIEIF10.66%9.85%



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